En route vers les sommets

Dorian Canton

En route vers les sommets

Les superlatifs manquent pour qualifier la première temporada de Dorian dans la catégorie avec picadors. Les sorties en triomphe se sont succèdées et rien ne semble pouvoir freiner cette irrésistible ascension vers les sommets et la dernière marche qui le sépare des figuras de la tauromachie actuelle.
C’est en double triomphateur que Dorian débutera encore l’année 2019 sur sa terre béarnaise de Garlin, une nouvelle fois face aux redoutables Pedraza de Yeltes devant lesquels il avait triomphé l’an dernier. Son incroyable maturité pour sa deuxième novillada piquée seulement en avait surpris plus d’un et cette novillada avait lancé sa temporada 2018 sur d’excellents rails.
Depuis, le béarnais a mûri, il a parfait sa technique et l’année 2019 devrait le voir passer à l’échelon ultime de sa carrière : celui de matador de toros.
Mais avant, Dorian voudra prouver à l’aficion du Sud-Ouest qu’il est fin prêt pour cette alternative qui lui tend les bras et ce dès le 14 avril dans ses « chères arènes de Garlin ».

Interview réalisée par Philippe Latour pour Corrida France

Pas encore 18 ans (il est né le 22 mars à Pau), Dorian Canton torero du Béarn, est un pur produit du sud-ouest. Sa jeune carrière (1 an de NSP, 1 an de novilladas piquées) se déroule essentiellement sur ses terres (avec au passage, sa présentation à Madrid le 13 juillet 2018).

Il a bouclé sa première saison en novillada piquée à la treizième place de l’escalafon taurin avec 13 novilladas et 15 oreilles, s’adjugeant qui plus est le Prix des Critiques Taurins ainsi que celui de l’Union des Clubs Taurins Paul Ricard du Sud-Ouest.
Façonné depuis ses neuf ans par l’école Adour Aficion de Richard Millian, leur chemin commun s’est séparé à la fin de la temporada
On parle pour lui déjà de l’alternative en 2019, il va bientôt faire sa présentation dans le sud-est à Vergèze (12 mai) et démarrer sa saison face aux redoutables Pedraza de Yeltes à Garlin le 14 Avril, une occasion pour mieux faire la connaissance d’un jeune homme très déterminé.

Dorian Canton dans sa chambre d’adolescent à Asson

CF « Dorian, nous sommes dans les arènes de Mont de Marsan, tu viens de finir de t’entraîner, de quoi est fait ton quotidien ? »
DC « En fait, mon quotidien est assez banal. Je suis au lycée agricole de Montardon près de Pau où j’essaie d’avoir mon bac pour assurer un éventuel après, et je viens ici deux fois par semaine le mardi et le jeudi après-midi pour m’entraîner, mais sinon j’ai une vie normale de quelqu’un de 17 ans »

CF « En voulant être torero, tu arrives vraiment à mener une vie normale ? »
DC « Honnêtement, pas complètement mais j’aimerais. Je manque déjà pas mal l’école en fonction de mes obligations, le week-end je ne peux pas sortir avec mes amis, je ne fais plus de sport en club. Au lycée, ou dans mon village (Asson) ils ne connaissent pas la corrida. Certains par amitié ont fini par venir me voir à Garlin l’an dernier. Me voir dans un costume de lumières les a surpris. Ce jour-là, j’ai été pris au mollet et je n’ai pu rejoindre le lycée que le lundi en fin de journée où j’ai été accueilli comme le « héros » de la classe. Ils n’avaient pas vraiment réalisé jusque-là que j’étais torero. C’est la même chose dans mon village où personne n’est aficionado. Ils me voient quand même comme quelqu’un de différent.

CF « Du coup, tu n’as pas un sentiment de solitude quelquefois ? »
DC « Pas vraiment, tout d’abord parce que j’ai ma famille avec et derrière moi. J’ai deux supers potes près de chez moi où je peux évacuer avec eux pas mal de choses. Et puis au bout d’un moment j’ai besoin dans la vie, de parler d’autres choses que de toros »

CF « Ta famille n’est pas taurine, comment es-tu arrivé en aficion ? »
DC « Par hasard en 2008, ne voulant pas aller à la fête foraine avec mes sœurs j’ai accompagné mon père qui lui-même suivait mon oncle pour aller voir une novillada. Cette première expérience m’a intrigué mais je n’en ai pas gardé de souvenirs précis. Le vrai choc a été un an plus tard quand je suis allé à Béziers pour voir une corrida avec le maestro Padilla en 2009. De voir les arènes pleines en communion avec un seul homme, ça m’a marqué. Je n’en revenais pas qu’autant de monde le soutienne alors qu’il se jouait la vie car j’avais pleinement conscience du danger. A partir de là, je n’avais qu’une envie : me mettre devant un animal et, même si cela peut paraître prétentieux, que ma vie ressemble à ça ! »

CF « Une sorte d’admiration du super héros ? »
DC « En quelque sorte oui, même si le costume ne m’a pas fasciné (rires). Avec ma vision d’enfant, c’était ça, je voulais devenir ce super héros ! »

CF « Quelle est aujourd’hui ta structure d’entraînement depuis que tu es parti de l’école Adour Aficion ? »
DC « Je fais les 130kms qui me séparent d’ici (arènes de mont de marsan), deux fois par semaine où je m’entraîne avec Mathieu Guillon « El Monteño » – Déjà chez Richard Millian, je m’entraînais énormément avec lui, Richard peaufinant ce qu’on avait travaillé avec Mathieu. Richard a énormément compté dans l’apprentissage technique et dans ma construction de torero. A partir de mon début en NSP, Mathieu m’a beaucoup apporté au niveau des toques, des vuelos, des positionnements de corps, des détails très fins qu’il ressentait d’autant plus qu’il est encore en activité. »

CF « Le départ de chez Adour Aficion ne t’a pas perturbé ? »
DC « Non, dans ma tête j’étais prêt, c’était le bon moment même s’il faut être fort mentalement pour se séparer de celui qui t’a formé depuis le début »

CF « Qui s’occupe donc de tes intérêts ? »
DC « Olivier Mageste qui a été apoderado de Fernando Cruz. Cela s’est concrétisé il y a quelques jours. J’espère qu’il va pouvoir m’ouvrir des portes hors du sud-ouest mais il va falloir pour cela que je l’aide et que j’ai des résultats en piste. »

CF « Tu as une carrière qui va très, très vite : un an de nsp, un an de piquée avec une présentation à Madrid dès ton cinquième contrat, les bruits courent déjà sur une éventuelle alternative, tu es un jeune homme pressé ou déterminé ? »
DC « Pressé je ne crois pas, mais je suis très déterminé. Pour moi ça suit juste son cours. C’est un déroulement logique. L’opportunité est arrivée juste après mon 4ème contrat de Captieux au cœur de la temporada. J’étais motivé, dans ma saison … je n’ai pas hésité. Techniquement j’étais prêt mais avec du recul c’était sûrement un peu tôt pour obtenir un résultat car je manquais de maturité et d’expérience. Là-bas il faut avoir 35 ans pour y aller (sic), même si tu en as 12 il faut en avoir 35, c’est impressionnant car c’est un autre monde ! »

CF « Quand est-ce que tu as pris la pression de Madrid ? »
DC « Au moment de rentrer en piste, quand les portes se sont ouvertes tu prends un courant d’air pleine face, tu entends ce murmure, les arènes sont très hautes, il y avait 8000 personnes dans les gradins. Jusque-là j’étais dans un rêve. Avec Mathieu, on était comme des gosses. Ma saison était faite en terme de contrats. J’avais des étoiles dans les yeux et sans pression alors que j’aurais dû en avoir car je n’étais pas connu en Espagne (et je ne le suis toujours pas) et que c’était l’occasion de commencer à se faire un nom. Ça m’a fait grandir, si je dois y revenir je pense que je serai blanc toute la journée.Quand tu vas à Madrid il faut y aller comme si tu n’avais aucun contrat derrière (ndlr Dorian a écouté un double silence lors de cette novillada nocturne).

CF « Cette expérience t’a-t-elle aidé pour la suite de ta saison ? »
DC « Certainement, cela m’a fait voir les choses différemment. N’importe où que tu défiles, il faut s’arracher car tout est important. Ce double silence m’a vexé, la semaine après Madrid a été compliquée d’autant que le contrat qui a suivi à Mont de Marsan ne s’est pas passé comme je l’aurais voulu. Je suis sorti de cette semaine-là différent ! »

CF « Tu as beaucoup de supporters dans le coin, ta carrière se déroule dans le sud-ouest, n’as-tu pas besoin de te frotter à d’autres arènes, d’autres aficions pour être plus dans l’adversité et continuer à grandir ?»
DC « Je ne sais pas si j’en ai besoin mais c’est ce que je veux. Je suis content d’aller à Vergèze en début de saison car Dorian Canton dans le sud-est ça ne dit rien à personne. C’est une occasion pour moi de me faire connaître et de m’ouvrir plus de portes en France avant d’aller éventuellement en Espagne. C’est une motivation énorme de défiler en sachant que personne dans les gradins ne te connaît et qu’il faut se montrer à la hauteur ! »

CF « Il y a des bruits sur une future alternative, est-ce qu’elle n’arrive pas un peu tôt dans ta formation de novillero sachant par exemple que tu n’es pas allé dans les grandes ferias de novilladas de septembre en Espagne ? »
DC « C’est assez clair dans ma tête même s’il n’y a rien de signé pour l’instant. Si cela doit se concrétiser, cela se fera car je serais prêt et que j’aurais des contrats à venir au-delà de l’alternative car la prendre sans rien derrière ne sert à pas grand-chose. Si ça ne se fait pas, je me préparerais énormément pour aller partout en France et dans les ferias espagnoles de novilleros. L’alternative viendra en début de temporada suivante même si ce n’est pas idéal. »

CF « Est-ce que c’est difficile aujourd’hui d’être torero français ? »
DC « Aujourd’hui, je ne pense pas car les maestros Castella et Juan Bautista nous ont ouvert les portes. Ils se sont mis les espagnols dans la poche et ils nous ont permis d’être plus facilement acceptés. Ce n’est pas facile mais aujourd’hui c’est moins dur qu’avant leur arrivée. »

CF « Et la concurrence française, tu la vois comment ? »
DC « Très saine et avec une réelle rivalité entre nous qui est motivante. En piste, on ne se fera pas de cadeau mais en dehors du patio, on se connait et on redevient potes. Si on est tous bons, il y aura de la place pour tout le monde »

CF « Quels sont les caractéristiques de ta tauromachie ?»
DC « J’aime la tauromachie de « poder » avec le sentiment de pouvoir dominer le toro sans lui casser le moral. J’aime avoir du poids sur l’animal en le faisant près de mon corps. On a beaucoup travaillé ça cet hiver. »

CF « Qu’est-ce que tu dois travailler ? »
DC « Tout …Il faut que j’améliore le capote, l’entame de la faena, le milieu de la faena, la fin de la faena et l’épée. Il faut que j’améliore tout ! Quand je vois toréer les figuras il y a une galaxie avec ce que je sais faire. Dans tous les domaines, il y a énormément de travail. Les figuras ne négligent rien même quand elles sont en haut. Le travail permanent, c’est le prix à payer ! »

CF « Pour finir, qu’est-ce que tu aimerais que l’on dise de toi fin 2019 »
DC « Que les gens voient un jeune heureux, qu’ils voient en moi un espoir du sud-ouest, la promesse de demain, bref que ma saison soit réussie ! »

Photos

Présentation

Dorian Canton… en bref
Né le  22 mars 2001  à  Asson

Début avec picadors :
le 2 avril 2018 à Mugron

Temporada 2018 :
13 novilladas – 15 oreilles – 6 sorties a hombros dont 2 à Garlin

Dates importantes :
Mugron 2017 (Débuts en costume de lumières)
Mugron 2018 (Débuts en novillada piquée – 2 oreilles)
Garlin 2018 (2 oreilles face aux « Pedraza de Yeltes » et 2 face aux « Joselito »)
Madrid – 13 juillet 2018 : Présentation dans les arènes de Las Ventas

Ses statistiques

DatePlazaGanaderiaRésultat
1309/09/2018DAXJosé CruzOvacion / Ovacion
1202/09/2018BAYONNELos MañosOreja / Silencio
1126/08/2018SAINT-PERDONAntonio San Roman / Sanchez FabresOreja / Oreja
1004/08/2018RISCLECuilléOreja / Oreja
929/07/2018ORTHEZL'Astarac / La EsperaOvacion / Silencio
829/07/2018HAGETMAURehuelga / Ana RomeroOreja / Silencio
728/07/2018GARLINLa Reina / Roland DurandAplausos / Dos orejas
621/07/2018MONT DE MARSANCamino de SantiagoOvacion / Aplausos
513/07/2018LAS VENTAS (MADRID)MontealtoSilencio / Silencio
403/06/2018CAPTIEUXEl FreixoSilencio / Dos orejas
301/05/2018AIRE SUR L'ADOURRaso de Portillo / PalhaOvacion / Oreja
208/04/2018GARLINPedraza de YeltesOvacion / Dos orejas
102/04/2018MUGRONPinchaOvacion / Dos orejas

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